« Vincent Van Gogh au fond de la mine » : enquête sur deux années méconnues de la vie du peintre

Publié le 28/04/2013

Par Nord Eclair

| ITINÉRAIRE |

En 1878, la mission d'évangélisation du jeune Vincent le mènera jusqu'au puits de Marcasse.

« Van Gogh au fond de la mine », c'est le titre du livre de Bruno Vouters. Une véritable enquête sur les deux années qu'a passé le futur peintre dans le Borinage (Belgique). Un parcours marqué par son séjour à Wasmes, puis Cuesmes avant une incursion côté français jusqu'à Courrières pour tenter vainement de rencontrer le peintre Jules Breton.
Nous sommes à l'automne 1878, le jeune Vincent, qui a renoncé à la profession de marchand d'art, veut devenir pasteur. Il obtient une mission d'évangélisation dans le Borinage près de Mons. Les communautés protestantes y foisonnent. « Van Gogh se voit missionnaire parmi les plus pauvres, pas pasteur de compagnie », résume Bruno Vouters.

Loin des couleurs
Entre militantisme et mysticisme, Vincent Van Gogh s'investit complètement dans sa mission, côtoie la misère, la peur, la mort auprès des 25  000 mineurs du bassin. Au cours de ce séjour dans le Borinage, il ressent la catastrophe de Frameries qui fit plus de cent victimes.
Cette proximité avec les plus humbles le conduira à descendre à sept cents mètres sous terre, au puits de Marcasse, fin 1878. Il y passera six heures dans la pénombre, une courte mais intense tranche de vie, marquante pour celui qui sera ensuite le peintre des couleurs et de la lumière, d'Arles à Auvers-sur-Oise en passant par Saint-Rémy-de-Provence.
Bruno Vouters montre également comment les luttes sociales face aux conditions de travail épouvantables, les tentatives d'émancipation des mineurs ont marqué celui qui échangeait déjà quelques croquis contre de la nourriture.
En rupture avec sa famille - son père souhaite le faire interner - désavoué par la hiérarchie religieuse, Vincent Van Gogh le solitaire et l'écorché vif, franchit la frontière et marche comme on va en pèlerinage de la gare de Valenciennes à Courrières dans l'espoir d'y voir le peintre Jules Breton.

Itinéraire franco-belge
La rencontre n'aura pas lieu mais la conviction de Vincent Van Gogh est faite : il s'exprimera par le dessin. On connaît la suite.
Les recherches de Bruno Vouters sur l'itinéraire franco-belge du futur peintre, aux deux adresses du Van Gogh des années 1878-1880, à Wasmes et Cuesmes mais aussi sur les routes qui mènent jusqu'à Courrières, mettent en évidence les influences qui pèseront par la suite sur son oeuvre. Le rappel du contexte social de l'époque est aussi très éclairant pour mieux comprendre un artiste dont le génie doit, un peu, au Nord. D.S.
« Van Gogh au fond de la mine » de Bruno Vouters. Éditions « La Voix », 66 pages, 6,90 euros.
Soirée de présentation du livre ce mardi à 19 h au centre historique minier de Lewarde. Lecture de lettres de Van Gogh par Fred Personne. Interventions des propriétaires du site minier de Marcasse et des responsables de Mons capitale culturelle européenne. Témoignage du dessinateur Albert Roch. Renseignements et réservations au  03 27 95 82 96 .